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« Des évictions frauduleuses » repérées dans La Petite-Patrie

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Le Comité logement de La Petite-Patrie a tenu une conférence de presse mercredi en compagnie du Comité logement du Plateau-Mont-Royal et de quelques locataires ciblés par la fraude afin de partager la situation auprès du public. (photo : Lindsay-Anne Prévost)

Le Comité logement de La Petite-Patrie tire la sonnette d’alarme contre des reprises de logements frauduleuses de la part d’un couple de propriétaires particulièrement présent dans le quartier.

Le couple en question utiliserait différents stratagèmes pour reprendre les logements qui leur appartiennent — multiplication de compagnies à numéros, prête-noms et parents bénéficiaires de reprise. 

La fraude a été démasquée par deux amis de différents quartiers qui ont reçu un avis de reprise par un huissier. Or, la reprise de leur appartement était pour la même personne. « En parlant à mon entourage de mon expérience, je me suis aperçu que j’ai une amie qui a reçu exactement la même lettre, le même jour, mais on n’avait pas les mêmes propriétaires. En faisant de petites recherches, on s’est rendu compte que nos propriétaires forment un couple », explique Raphaël Frigon, un résident de la rue Drolet.

C’est après avoir lancé un appel sur les réseaux sociaux que les deux amis ont constaté l’ampleur de la fraude. Selon l’enquête menée par le Comité logement, 17 ménages locataires des quartiers La Petite-Patrie, Plateau Mont-Royal et Villeray auraient reçu un avis d’éviction frauduleux de la part du couple, entre Noël et le jour de l’an. « Quand on recoupe les immeubles entre eux, on se rend compte que les reprises vont toutes aux mêmes bénéficiaires, soit [aux propriétaires ou à leur parenté] », signale Mélanie Baril, responsable du soutien aux locataires au Comité logement de La Petite-Patrie. 

Le couple posséderait un minimum de 19 immeubles à Montréal, dont 14 seraient situés dans La Petite-Patrie, pour un total de 96 unités locatives. C’est en plus d’avoir une dizaine de compagnies à numéro et d’être associé à une entreprise de gestion immobilière qui possède une centaine de logis.

La Régie du logement autorise les reprises, à la condition que le propriétaire le reprenne pour y habiter lui-même ou pour y loger un membre proche de sa parenté (père, mère, fils, filles ou tout autre parent dont il est le principal soutien).

En revanche, l’enquête du Comité logement de La Petite-Patrie révèle que les domiciles repris par le couple par le passé ont été directement revendus ou remis sur le marché locatif avec un loyer plus élevé, pour un profit atteignant plusieurs centaines de milliers de dollars. « On se rend bien compte que tout ça sert à un flip immobilier, à un coup d’argent, et certainement pas à héberger les membres de leur famille comme se veut une reprise de logement », déplore Mélanie Baril.

Un meilleur encadrement réclamé

La Régie du logement doit procéder à une réforme sociale afin de mieux encadrer les reprises, estime l’organisme. « Depuis trop longtemps, les propriétaires profitent d’une complaisance du tribunal pour réaliser de gros profits sur le dos des locataires », insiste Martin Blanchard, responsable des dossiers politiques au Comité logement de La Petite-Patrie.

Selon les chiffres de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), environ 14 000 logements sont repris annuellement. De ce nombre, 800 causes de reprises se font entendre devant la Régie et une trentaine de locataires poursuivent leurs propriétaires chaque année. 

Le couple de propriétaires visé dans cet article n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

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