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« L’alphabétisation, c’est la liberté »

Communautaire, Éducation
Pour Ninette Piou, directrice du Centre N A Rive, "l'alphabétisation, c'est la liberté" (photo : Pierre de Montvalon)
Pour Ninette Piou, directrice du Centre N A Rive, “l’alphabétisation, c’est la liberté” (photo : Pierre de Montvalon)

Le centre N A Rive a fêté cette année ses 45 ans d’existence. Porté depuis plus de vingt ans par sa directrice Ninette Piou, le centre continue de soutenir l’alphabétisation, la francisation et l’intégration sur le marché du travail des nouveaux arrivants.

N A Rive — prononcer « narivé ». Le « n » pour « nous », le « a » comme marqueur du futur, et « rive », du verbe « arriver » : ce que l’on peut traduire du créole par « nous allons y arriver! ». Tels étaient les mots des premiers participants d’origine haïtienne aux cours de francisation de l’organisme, expression qui a donné son nom à l’organisme, situé sur la rue Saint-Denis.

Fondé en 1973 par le Bureau de la Communauté haïtienne de Montréal, le Centre N A Rive tente d’outiller les personnes faiblement scolarisées issues de l’immigration pour leur permettre une meilleure insertion sociale à la société québécoise. « Célébrer les 45 ans de l’organisme permet de remonter dans le temps, de prendre du recul sur ce qui a été accompli et sur ce qui reste à faire », raconte la directrice du centre, Ninette Piou.

Même si depuis sa création, « beaucoup d’eau a coulé sous les ponts » d’après la directrice, le Centre N A Rive continue d’offrir chaque année aux hommes et femmes qui fréquentent l’organisme la possibilité « d’y arriver ». En 2017, le Centre a ainsi accueilli 122 participants, en très grande majorité des femmes, dans ses classes de francisation et d’alphabétisation. « On commence par franciser [les participants], pour voir quels sont leurs besoins, leurs capacités, leur potentiel, et à partir de là, on les prépare, puis on les dirige en conséquence », raconte Ninette Piou, en prenant exemple sur d’anciennes participantes devenues agentes de voyage, préposées aux bénéficiaires ou infirmières spécialisées.

Alphabétiser, puis franciser

Difficile d’apprendre le français lorsqu’on ne sait ni lire ni écrire dans sa langue maternelle. Pourtant, c’était le cas de nombreux participants aux ateliers du centre, qui n’étaient que peu ou pas scolarisés en arrivant au Québec. « Nous avons mis en place des cours de francisation-alpha. C’est ce volet qui est la base, le socle sur lequel nos participants apprennent ensuite le français », raconte Ninette Piou.

À ces deux volets s’ajoute, dès 1993, un programme socioéconomique d’aide à l’intégration sur le marché du travail pour répondre à la crise économique du début des années 1990. « Nos participants venaient à l’époque nous dire : “C’est bien beau de vouloir faire de l’alphabétisation et de la francisation, mais nous, nous voulons travailler!” » raconte-t-elle. L’organisme mit alors en place des ateliers d’insertion socioprofessionnelle — tels que des ateliers de couture — afin d’outiller les personnes afin d’intégrer le marché du travail.

Trouver une relève

Après plus de 30 ans d’implication, dont 22 ans à la tête de l’organisme, Ninette Piou compte passer le flambeau. La directrice se fixe d’ici le cinquantième anniversaire de l’organisme, en 2023, pour trouver et préparer la relève. D’ici là, celle-ci ne compte pas baisser les bras et va s’atteler à remettre sur pied des ateliers d’insertion socioéconomique pour jeunes adultes, dont le financement avait manqué sous le précédent gouvernement provincial. « Si ce n’est pas moi qui le fais, ça sera la personne suivante! », s’exclame-t-elle, avec un grand sourire.

L’alphabétisation au Québec

Selon la Fondation pour l’alphabétisation, une personne sur cinq au Québec est susceptible de se retrouver dans une situation où elle éprouve de grandes ou de très grandes difficultés à lire et à écrire. Selon une étude de 2015, parmi les immigrants de 15 ans et plus arrivés au Québec en 2014, 3,6 % étaient officiellement considérés comme étant faiblement scolarisés (0-6 années de scolarité).

Quatre cohorte des ateliers de francisation du Centre N A Rive (photo : Pierre de Montvalon)

Quatre cohortes des ateliers de francisation du Centre N A Rive (photo : Pierre de Montvalon)

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