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La Petite-Patrie en première loge de l’épidémie de punaises de lit

Immobilier, Santé
« C'est un combat de tous les jours, raconte Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement Petite-Patrie (photo : Pierre de Montvalon)
« C’est un combat de tous les jours, raconte Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement Petite-Patrie (photo : Pierre de Montvalon)

« L’épidémie est sous-évaluée à tous les niveaux », avertit Martin Blanchard, organisateur communautaire au Comité logement Petite-Patrie, alors que Rosemont—La Petite-Patrie est parmi les arrondissements les plus touchés par les punaises de lit à Montréal.

D’après une analyse des données ouvertes de la Ville de Montréal effectuée par Pamplemousse.ca, Rosemont—La-Petite-Patrie se trouve en tête des arrondissements de la Ville en termes de nombre de logements traités contre une invasion de punaises de lit.

En effet, plus de 9000 interventions par des gestionnaires d’extermination dans des logements infectés ont été déclarées entre 2011 et juillet 2018 dans l’arrondissement. « Au début des années 2000, j’avais un ou deux cas par an pour des punaises de lit. J’ai une cinquantaine d’interventions par jour aujourd’hui », explique Harold Leavey, propriétaire de Les Entreprises Maheu limitées, et expert dans le domaine de la gestion parasitaire.

En termes relatifs, c’est-à-dire le nombre de logements traités par rapport au nombre total de logements, Rosemont—La Petite-Patrie se trouve encore en tête de peloton, avec plusieurs quartiers centraux tels que Ville-Marie, Hochelaga-Maisonneuve, Le Plateau Mont-Royal et Villeray—Saint-Michel—Parx-Extension.

Un phénomène sous-évalué

Toutefois, les données compilées par la Ville refléteraient mal le niveau réel de l’épidémie de punaises de lit à Montréal. Les données sur les logements infestés de punaises de lit sont compilées par la Ville à partir des déclarations volontaires – et non obligatoires – effectuées par les entreprises d’extermination.

« Beaucoup d’entreprises d’extermination ne déclarent pas à la Ville toutes les interventions qu’elles effectuent», estime Harold Leavy. Celui avance que 55% des interventions compilées dans les données de la Ville de Montréal proviennent de son entreprise, alors ses interventions ne représenteraient que 1% à 2% du nombre total d’interventions. Pamplemousse.ca n’a pas été en mesure de confirmer ces chiffres, les données de la Ville n’indiquant pas le nom de l’entreprise d’extermination qui a effectué l’intervention.

Selon Martin Blanchard, organisateur communautaire pour le Comité logement Petite-Patrie, l’épidémie de punaises de lit est sous-évaluée « à tous les niveaux » par les données compilées par la Ville de Montréal, ce que confirme Harold Leavey. « On est loin de la vérité. Le registre [des données compilées par la Ville] est tellement incomplet qu’il en devient plus ou moins valable. La Ville de Montréal n’a pas saisi l’ampleur du problème », avertit-il.

Pauvreté et punaises

L’épidémie de punaises de lit à Montréal est directement liée à la pauvreté, explique Martin Blanchard. « La punaise de lit n’a rien à voir avec la propreté [du logement]. L’épidémie persiste là où il y a de la pauvreté. Certains locataires à faibles revenus, sur l’aide sociale, ou ayant des problématiques de santé mentale, n’ont pas les ressources financières, psychologiques ou juridiques pour affronter l’infestation et certains propriétaires récalcitrants  », explique-t-il.

D’une part, les locataires ne vont pas toujours demander à leur propriétaire de faire appel à une entreprise d’extermination à cause de la « honte » – d’après l’expression de Harold Leavy – et du stigmate social associés aux punaises de lit. « D’un coup, on se retrouve ostracisé : familles et amis ne veulent plus nous voir », explique Martin Blanchard.

D’autre part, certains propriétaires récalcitrants ne vont pas faire appel aux exterminateurs parce que cela coûte trop cher. « Il y a énormément de personnes – des concierges d’immeuble par exemple – qui se chargent eux-mêmes de l’extermination avec des produits qu’ils ont achetés au Costo, ramenés des États-Unis, ou même du Pakistan! », raconte Harold Leavy, en rappelant les risques pour la santé que représentent la manipulation et l’exposition à ces produits.

Quartiers inégalement touchés

Les différents quartiers de l’arrondissement ne sont pas tous touchés de la même manière par l’épidémie. Les données de la Ville de Montréal subdivisent Rosemont—La Petite-Patrie en sept quartiers de référence en habitation. D’après une analyse réalisée par Pamplemousse.ca, Père-Marquette et Louis-Hébert, deux des quartiers de référence en habitation dont le nombre de logements traités est proportionnellement le plus élevé dans les sept dernières années, se trouvent dans La Petite-Patrie.

« Le quartier le plus pauvre de l’arrondissement est bien le secteur Père-Marquette, confirme Martin Blanchard. C’est un secteur qui est beaucoup laissé à l’abandon en termes de groupes communautaires et de services d’accompagnement. Malgré l’embourgeoisement de l’arrondissement, des poches de pauvreté demeurent. »

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