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De Marconi-Alexandra au « Mile Ex » : l’urbanisme oublié?

Histoire
Un rapport du Comité logement de la Petite-Patrie, publié en mai 1991, résume ainsi la situation : « Chômage, sans emploi et revenu aux alentours du seuil de pauvreté sont le lot d’une bonne partie des résidants et résidantes. » Selon les données présentées dans le rapport, le tiers de la population était à l’époque d’origine immigrante et la majorité à faible revenu. (photo d’archives : Comité logement de la Petite-Patrie)

Ancien secteur manufacturier et industriel, le secteur Marconi-Alexandra (alias « Mile Ex ») se redessine depuis plus de 25 ans, apparemment sans planification ni encadrement.

Dans la foulée de l’élaboration du premier plan d’urbanisme de Montréal, adopté en 1992, un groupe de travail formé de gens du quartier avait ciblé quelques enjeux prioritaires pour le secteur.

Le rendez-vous manqué de 1992

Le mémoire déposé en septembre 1992 par le groupe de travail Marconi-Alexandra proposait de repenser les usages des sols en fonction des besoins de la population locale, d’assurer le maintien dans les lieux de la population résidente, d’améliorer la qualité de vie, notamment en matière d’espaces verts et de sécurité, et d’assurer une saine cohabitation entre les activités industrielles ou commerciales et la vocation résidentielle du secteur.

Il faut dire qu’à l’aube d’une désindustrialisation qui s’amorce, le secteur Marconi-Alexandra/Beaumont demeurait un pôle manufacturier majeur, dominé par l’industrie textile, avec plus de 6000 emplois sur les quelque 10 000 emplois du secteur dans la fabrication, la confection et la manutention de vêtements.

Une mixité historiquement (dys)fonctionnelle

Un an plus tôt, une étude commandée par la Ville de Montréal sur les terrains adjacents à la voie ferrée du Canadien Pacifique entre la rue Notre-Dame et le parc Jarry faisait d’ailleurs état d’une « grande mixité parfois très problématique » dans le secteur et de « difficultés de circulation dues à la présence d’un îlot est-ouest, de propriétés de grande taille et d’une emprise abandonnée des voies du CP ».

Le secteur Marconi-Alexandra, analysait-on à l’époque, « regroupe d’une part, des commerces liés au secteur de l’automobile et des grossistes alimentaires qui cohabitent étroitement avec l’habitation et d’autre part, des industries manufacturières spécialisées dans le vêtement qui s’alignent du côté est des anciennes voies ferrées maintenant démantelées » et poursuit :

« Malgré la prédominance de l’industrie manufacturière spécialisée dans le domaine de la mode au sein du secteur, on observe dans le territoire délimité par les rues Saint-Zotique, Marconi, Jean-Talon et Saint-Urbain la présence d’une grande mixité des fonctions. Les habitations cohabitent avec des commerces liés à l’automobile et à la vente en gros de produits alimentaires.

À cet endroit, l’absence de mesures de mitigation en ce qui concerne les interfaces habitation/industrie se répercute sur l’état du cadre bâti, la structure du tissu urbain et la qualité de vie des résidents. »

Du mémoire aux oubliettes

Bien qu’elles fassent directement écho à cette analyse réalisée à la demande de la Ville, les recommandations du groupe de travail Marconi-Alexandra sont restées lettre morte.

Le mémoire inclut une proposition détaillée d’affectation des sols qui prévoit notamment l’agrandissement du parc Mozart pour créer un passage dans l’îlot qui coupe le secteur en deux à hauteur de Beaumont. Il intègre aussi dans le plan de développement du quartier le projet de réseau vert sur l’ancienne emprise ferroviaire… qu’on attend toujours près de 30 ans plus tard! (image tirée du mémoire du Groupe de travail Marconi-Alexandre de septembre 1992)

Comme on le verra dans la prochaine chronique, les dysfonctionnements documentés à l’époque n’ont, pour la plupart, toujours pas été corrigés.

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