Publicité

Reconsidérer la valeur des maisons «shoebox»

Histoire, Immobilier
Shoebox. Photo CB
Certains propriétaires décident d’agrandir leur maison «shoebox» tout en préservant la façade originale. (photo : Catherine Bernard)

La présidente du comité consultatif d’urbanisme (CCU) de Rosemont-La Petite-Patrie, Christine Gosselin, souhaite mettre en valeur les petites maisons à un étage, communément appelées « shoebox », afin qu’elles soient évaluées plus objectivement.

Alors que l’avenir de ces petites maisons typiquement montréalaises est menacé par la pression immobilière actuelle, Christine Gosselin a lancé un cri du cœur concernant la sauvegarde des maisons de type « shoebox » lors de son temps de parole en début de séance du conseil d’arrondissement le 12 février dernier.

Celle qui est également responsable du patrimoine au comité exécutif de la ville de Montréal et conseillère du Vieux-Rosemont souhaite déconstruire l’attitude généralement défavorable à l’endroit de ces petites habitations, dont une grande majorité se trouve dans Rosemont-La Petite-Patrie. « Je veux qu’on ait un regard neuf sur le “shoebox” et qu’on prenne les moyens pour le préserver », explique-t-elle.

Les critiques à l’égard des « shoebox » tournent souvent autour des mêmes points : on leur reproche de ne pas maximiser l’occupation du sol, de nuire à l’uniformité de la rue, d’être en mauvais état, d’avoir un aspect négligé, etc. Cette attitude générale inquiète la responsable du patrimoine qui constate que ces maisons uniques sont vouées à disparaitre si aucune action n’est prise pour les préserver.

Valeur historique

Les « shoebox » représentent les premières étapes de la croissance du quartier ouvrier de l’époque. « Ce sont des témoins concrets physiques de comment les gens sont venus dans les quartiers ouvriers et comment ils sont devenus propriétaires d’un lot », souligne Mme Gosselin.

À défaut d’avoir les moyens de se bâtir une maison spacieuse, les propriétaires d’un lot se tournaient régulièrement vers la solution plus abordable qu’offrait une petite maison à un étage. La construction d’un « shoebox » se faisait d’ailleurs souvent en attendant d’avoir des revenus plus importants. Des années plus tard, on retrouve ces minuscules maisons un peu partout à Montréal, la plupart du temps coincées entre deux immeubles, témoins d’un temps passé.

Démolition ou transformation

Les préoccupations entourant les « shoebox » se font plus alarmantes alors que l’avenir de ceux-ci est de plus en plus menacé par la pression immobilière. Comme la valeur patrimoniale de ces maisons n’est pas mise de l’avant, plusieurs propriétaires visent leur démolition afin de pouvoir y construire une grande maison unifamiliale ou des copropriétés.

« Une adresse où se trouvait un “shoebox” passe de la plus petite maison sur la rue à soudainement la plus grande, la plus massive, une qui surpasse en hauteur ses voisins », explique Christine Gosselin.

En se fiant au nombre croissant des demandes qui sont déposées depuis quelques années dans l’arrondissement, environ 150 maisons pourraient disparaître du paysage d’ici quatre ans, estime Mme Gosselin. Le comité de démolition de Rosemont-La Petite-Patrie, qui évalue les demandes de démolition ou transformation des « shoebox » depuis 2013, traite actuellement sept dossiers.

« Il faut donner un signal aux futurs propriétaires pour les informer que les règlements autour du “shoebox” sont en train de changer, souligne Mme Gosselin. Ils doivent réaliser que lorsqu’ils achètent une maison, ils achètent également un bout de quartier ».

Approche objective

Pour obtenir une évaluation globale des maisons « shoebox », Christine Gosselin a entrepris plusieurs démarches à l’aide de la conseillère de Étienne-Desmarteau, Stéphanie Watt. Des recommandations seront par la suite transmises aux arrondissements qui comptent une quantité importante de « shoebox » afin qu’ils puissent les évaluer à leur juste valeur.

Un comité de travail a déjà été formé, composé des présidents des CCU concernés et des élus des quartiers où la présence des « shoebox » est significative. Le comité permettra un échange d’informations et de comparer les pratiques des différents arrondissements.

Une étude du « shoebox » deviendra également l’une des priorités de la division du patrimoine de la Ville de Montréal.

Mme Gosselin compte finalement recueillir les informations sur la valeur paysagère des maisons « shoebox » dans les quartiers « afin de nuancer l’attitude actuelle qui considère leur typologie et leur implantation atypique comme des défauts ».

Vos commentaires
loading...