Publicité

Marconi-Alexandra, d’une révolution industrielle à l’autre

Histoire
Les bureaux tous neufs de bEHaviour, situés au 6666, Saint-Urbain, abritaient jadis des manufactures de textiles. (photo : Simon Van Vliet)

Né de la seconde révolution industrielle, le secteur connu aujourd’hui sous le nom de Mile Ex est au cœur de la troisième révolution industrielle.

Il n’est pas anodin que le secteur soit nommé d’après le physicien italien Guglielmo Marconi (1874-1937), premier à réaliser la liaison par ondes hertziennes transatlantiques.

Marconi-Alexandra, secteur manufacturier et ferroviaire

Si Marconi, pionnier avant l’heure des technologies de l’information et de communications, a laissé son nom dans la toponymie montréalaise, c’est autant pour son prix Nobel de physique, obtenu en 1909, que pour sa contribution à l’histoire industrielle de Montréal.

Le siège social et la principale manufacture de la Marconi’s Wireless Telegraph Company of Canada, fondée en 1903, sont en effet situés dans la métropole qui est encore, à l’époque, le principal centre financier, commercial et industriel au pays.

Montréal est aussi le point névralgique du réseau ferroviaire qui a été la colonne vertébrale de la seconde révolution industrielle au Canada, un peu comme le canal de Lachine a été l’épine dorsale de la première révolution industrielle canadienne.

Situé stratégiquement au bout du corridor ferroviaire qui relie la cour de triage d’Hochelaga à celle d’Outremont, le secteur Marconi-Alexandra/Beaumont demeurera jusqu’au tournant du siècle le plus important pôle manufacturier le long de cet axe.

De la lithographie aux textiles

Dès le début du 20e siècle, alors que des petites maisons ouvrières commencent à voir le jour ça et là dans le quartier, les premières grandes industries s’installent.

C’est d’abord la Brandram-Henderson qui établit, au début des années 1910, une usine de fabrication de peinture à l’angle des rues Saint-Zotique et Saint-Urbain.

Construite autour de 1910, l’usine de Brandram-Henderson sera démolie un demi-siècle plus tard pour faire place à des manufactures de textiles.

Adossé à ce gigantesque complexe, se trouve l’usine de la Lawson Lithographing and Folding Box Company.

La Lawson Litho sera bientôt à l’étroit dans ces installations qui seront démolies et déménagées de l’autre côté de la rue à l’angle de Saint-Zotique et Esplanade.

Au début du 20e siècle, Marconi-Alexandra est déjà un secteur mixte, qui est à la fois un pôle d’emploi et un quartier résidentiel, mais il s’agit d’un secteur résolument ouvrier, bien loin du quartier bourgeois que les promoteurs immobiliers envisageaient y créer à peine quelques années plus tôt.

Les ouvriers sont à pied d’œuvre dans l’usine de peinture en 1917.

En 1966, les installations de la Brandram-Henderson seront démolies. On y érigera trois mégastructures industrielles de manufactures textiles, les usines des Tricots Main Inc., dont la dernière sera en opération jusqu’en 2008.

La seule trace restante de l’architecture industrielle originale du secteur se trouve sur la rue Waverly où subsistent une série d’édifices avec toiture à redents.

On aperçoit les édifices à la toiture caractéristique de l’architecture industrielle de la fin du 19e siècle en arrière-plan de cette photo, datée de 1945. (source : Michel Di Bernardo)

De la désindustrialisation à la gentrification

L’industrie manufacturière en général, et l’industrie textile en particulier, souffrira grandement de la libéralisation des marchés et des crises économiques des années 1970 et 1980. Si bien qu’au début des années 1990, le secteur Marconi-Alexandra connait un déclin économique brutal.

Comme plusieurs autres manufactures établies dans le secteur depuis des décennies, la Lawson Litho ferme ses portes.

Une coopérative d’artistes s’y installe en 1992 pour convertir un étage vacant de l’édifice en studios.

Au début des années 1990, plus de 75 000 mètres carrés dans le parc industriel du secteur sont vacants, selon une étude réalisée par la Ville de Montréal. (photo : Frances Foster)

Sans le savoir, et bien malgré eux, les artistes qui s’installent dans ce quartier en pleine désindustrialisation, qui est à l’époque aux prises avec de sérieux problèmes d’insécurité et qui peine à trouver des solutions pour la cohabitation harmonieuse entre les fonctions industrielles, commerciales et résidentielles, vont lancer le bal de la gentrification.

Selon une étude menée par le professeur associé au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia, Ted Rutland, le revenu médian dans le secteur passera, entre 1991 et 2011, d’un peu moins de 15 000 $ par an à plus de 30 000 $.

Le taux de scolarisation universitaire passera quant à lui de 8 % à 23 %, alors que le taux d’emploi dans le secteur tertiaire passera de 15 % à 62 %.

Ce n’est donc pas étonnant que le « Mile Ex » ne se souvienne pas d’où il vient.

L’immense majorité de la population qui y habite et y travaille aujourd’hui n’a que très peu de lien avec l’histoire ouvrière et industrielle qui a fait de ce quartier ce qu’il est!

Lire aussi : Le « Mile Ex », un quartier sans histoire… ou sans mémoire?

Un mot sur les images : les photos présentées dans ces chroniques ont été rassemblées par diverses personnes ayant participé à un panel sur l’histoire de Marconi-Alexandra en février 2017, nommément : Julie Patenaude de la Coalition Jeanne-Mance, Michel Di Bernardo de la Société d’histoire de Rosemont — La-Petite-Patrie et Justin Bur de Mémoire du Mile End.

Les sources des photos d’archives n’ont pas été indexées dans le dossier, si bien qu’il n’a pas été possible d’indiquer la source de chaque image au moment de publier. Les sources seront mises à jour ultérieurement.

Vos commentaires
loading...