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Une partie de bingo avec François William Croteau

Politique
François William Croteau
François William Croteau a été élu dans Rosemont-La Petite-Patrie en 2009. Il se présente de nouveau pour un troisième mandat au sein de Projet Montréal. (photo : Lindsay-Anne Prévost)

Il s’était promis de solliciter que deux mandats à la mairie de Rosemont-La Petite-Patrie. Pourtant, huit ans plus tard, il enchaîne encore le porte-à-porte et les séances d’appels téléphoniques dans l’objectif de se faire réélire pour un troisième mandat. Compte-rendu d’une journée en compagnie du maire sortant, François William Croteau.

C’est aux « Habitations les II Volets », des logements communautaires pour personnes âgées de 65 ans et plus situés sur l’avenue Christophe-Colomb, que le maire sortant de Rosemont-La Petite-Patrie me donne rendez-vous pour une séance de bingo. Je le retrouve assis sagement à sa table alors qu’il place méticuleusement ses fiches et discute avec des résidentes de l’endroit. « Il ne faudrait pas que je gagne. Ça aurait l’air arrangé ! », lance à la blague celui qui, ironiquement, est passé à deux doigts de gagner l’une des parties.

Étrangement, M. Croteau ressemble plus à un membre de la famille en visite que d’un politicien venu se faire du capital politique. « Je viens ici une à deux fois par année pour prendre le pouls », raconte-t-il pour expliquer l’ambiance informelle.

Sécuriser les déplacements

Sa visite aux Habitations II Volets permet néanmoins de discuter d’un enjeu qui n’a pas été beaucoup abordé pendant la campagne électorale : les aînés. Bien qu’il affirme avec fierté avoir mis en place 90 % des mesures proposées dans le programme Municipalité amie des aînés (MADA), une démarche inspirée du guide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il admet qu’il reste encore du chemin à faire.

« Si les trottoirs ne sont pas sécurisés, les personnes âgées deviennent insécures et sont moins enclines à sortir de chez elles », explique le politicien, conscient de l’isolement qui guette les aînés.

Pour sécuriser leurs déplacements, il aimerait prolonger le temps de traverse aux intersections, rendre le transport plus accessible et aménager plus de mobilier sur les rues de l’arrondissement. « Ça devient décourageant s’ils n’ont pas d’endroits pour se reposer, fait valoir M. Croteau. Les petites choses peuvent parfois changer complètement la vie des gens. »

Ni pro, ni contre les automobilistes

Une fois la partie de bingo terminée — et soulagé de ne pas avoir gagné, par crainte d’avoir l’air d’un maire qui s’enfuit avec le prix — François William Croteau propose de se rendre au local de Projet Montréal dans Rosemont-La Petite-Patrie à bord d’une voiture empruntée à une amie. Une autre occasion de parler de sa vision de la mobilité et de l’environnement.

Bien qu’il aime conduire, il raconte avoir délaissé son automobile il y a quatre ans après s’être rendu compte qu’il n’en avait pas de besoin. Même avec un nouveau-né, il opte pour la marche ou pour le vélo. « Je suis quelqu’un qui observe tout. J’aime observer les bâtiments et les intersections depuis toujours. Avec un enfant, ça t’amène à observer d’autres phénomènes et à avoir une plus grande sensibilité », explique celui qui se lève à 5 h du matin pour terminer ses journées à 21 h.

François William Croteau semble bien conscient de l’étiquette qui lui est attribuée par certains citoyens opposés à ses idées sur les réseaux sociaux : celle d’un maire qui veut faire de Rosemont-La Petite-Patrie un deuxième Plateau-Mont-Royal et d’un maire « antiautomobilistes ». Questionné à ce sujet, il assure que ce n’est pas le cas. « Je ne suis pas contre les automobilistes. Je protège simplement la sécurité des piétons et des cyclistes », réfute-t-il.

Au contraire, il affirme même qu’il serait « utopique » de penser qu’on n’aurait pas besoin de voitures en ville. « Il y a des personnes qui ont besoin d’une voiture avec l’hiver, les enfants, l’épicerie… », admet le maire sortant, qui veut permettre aux gens de rouler tout en rendant les déplacements plus sécuritaires. « Ce n’est pas normal qu’on ait peur de traverser un coin de rue ou que des cyclistes meurent et de ne rien faire », déplore-t-il.

Il en vient ainsi à prôner les saillies, les dos d’âne, les panneaux d’arrêts ; bref, « des mesures pour la protection de la vie », qui permettent de réduire la vitesse et, par ricochet, de réduire le risque de décès lors d’une collision. « C’est prouvé que le risque de décès est plus grand quand la vitesse est plus élevée », fait remarquer François William Croteau, qui aimerait notamment aménager des bollards à l’entrée des pistes cyclables afin d’éviter que les automobiles empiètent sur ces dernières lorsqu’ils tournent à une intersection.

Des idées plein la tête

Arrivé au local électoral, il s’adonne à quelques appels auprès de résidents du quartier. Il compare l’exercice à un long conseil d’arrondissement. « C’est un moment privilégié pour amasser de l’information. Ce sont des gens qui ne nous ont jamais contactés et qui en profitent pour nous faire part de certaines problématiques », explique-t-il.

Entre une dizaine d’appels, il fait part de son parcours qu’il qualifie comme « atypique ». Il se réjouit d’avoir eu accès à l’université alors qu’il n’avait pas fait son cégep. « Je n’avais même jamais lu de livres ou écrit de résumés », témoigne le maire sortant qui en est malgré tout ressorti avec un baccalauréat en histoire puis avec un Master of Business Administration (MBA).

Le mois dernier, il a ajouté une corde à son arc avec un doctorat en études urbaines. L’une de ses plus grandes réussites, qui lui montre qu’il y a autre chose qui l’attend après la politique. Un domaine qu’il qualifie comme d’une parenthèse dans son parcours. « Mon objectif est d’enseigner à l’université, partager mes connaissances et donner autrement que par la politique », espère François William Croteau, qui affirme avoir pris du temps avant de trouver sa place.

D’ici là, il se représente pour un troisième mandat puisqu’il juge « ne pas pouvoir quitter le bateau au moment le plus important ». Il assure également avoir des idées encore plein la tête. « Je me suis donné des défis pour aller plus loin, pour me dépasser et ne jamais m’asseoir sur les acquis. C’est pour ça que j’ai souvent plein d’idées… et un enfant sur le tard », conclut le maire sortant de 45 ans en riant avant de quitter le local pour aller soutenir les organismes communautaires du quartier lors d’une marche-éclair en faveur du secteur Bellechasse.

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