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Le Marché Jean-Talon dans l’oeil des citoyens

Économie
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Plus de 500 résidents, commerçants et visiteurs ont exprimé leur opinion à l’égard du Marché Jean-Talon, suite à l’appel lancé par le regroupement de citoyens Les Ami.e.s du Marché Jean-Talon. (photo : Lindsay-Anne Prévost)

Après avoir mené une série de consultations citoyennes qui aura duré près d’un an, Les Ami.e.s du Marché Jean-Talon déposent leur mémoire.

Le regroupement, créé en 2016 par cinq citoyens actifs, avait invité les résidents de La Petite-Patrie, Villeray, Parc-Extension ainsi que les commerçants logés au Marché Jean-Talon ou sur son pourtour à exprimer leur opinion à l’égard du marché public de l’avenue Henri-Julien. L’objectif : se concerter sur son avenir. Le questionnaire avait également été diffusé sur le web du mois d’août à décembre 2016.

Au total, 522 citoyens et 26 commerçants ont répondu à l’appel. Parmi les principaux enjeux soulevés par les répondants, c’est la gouvernance, l’offre commerciale et l’aménagement qui ressortent du lot.

Gouvernance

Selon les chiffres présentés dans le mémoire, 68 % des citoyens « se sentent peu ou très peu impliquées dans les prises de décisions relatives au Marché ». Ainsi, 77 % des visiteurs ont exprimé le désir que les citoyens montréalais obtiennent un siège sur le conseil d’administration qui gère le Marché Jean-Talon. Du côté des commerçants, le nombre de répondants souhaitant avoir un pouvoir décisionnel dans la gouvernance grimpe à 88 %. « Il n’y a aucun mécanisme qui permet aux citoyens de réellement s’exprimer sur l’avenir du marché. C’est vraiment ce qui nous tient le plus à coeur dans nos recommandations », affirme Jérémie Lévesque, l’un des membres du regroupement de citoyens.

Les Ami.e.s du Marché Jean-Talon recommandent donc que la Corporation de Gestion des Marchés Publics de Montréal (CGMPM) instaure des sièges pour toutes les parties prenantes sur son conseil d’administration ainsi que sur le comité exécutif du Marché Jean-Talon.

La directrice des communications et du développement à la Corporation des marchés publics de Montréal, Patrizia Cusinato, se dit ouverte à cette proposition. « Ce n’est pas quelque chose qui va se faire prochainement, mais c’est dans notre stratégie d’entreprise de pouvoir avoir l’opinion des citoyens. C’est des idées qui ont déjà été travaillées à l’interne », assure-t-elle.

Offre commerciale

Alors que la moitié des répondants affirment visiter le Marché Jean-Talon pour l’offre commerciale de produits issus de l’industrie bioalimentaire québécoise, seulement 17 % d’entre eux considèrent qu’il est facile de différencier les kiosques opérés par des producteurs québécois des kiosques de revente. En ce sens, les Ami.e.s du Marché Jean-Talon demande qu’une politique de transparence soit instaurée par un système d’affichage qui indiquerait la provenance des produits.

« Un revendeur prend probablement ses produits en gros au Marché Central, mais ça n’empêche pas que ce sont des produits locaux, qui viennent de nos environs », défend toutefois Mme Cusinato en précisant que ça demeure « un enjeu constant » au sein du marché. Selon elle, le regroupement devrait consulter les commerçants plus en profondeur à ce sujet. « Ce n’est plus le même genre de producteurs qu’on retrouvait il y a cinquante ans. Le métier est beaucoup plus varié, ils doivent travailler toute l’année et vendre des produits qui viennent de leurs voisins », précise-t-elle.

Dans le même ordre d’idée, 80 % des citoyens sondés sont d’avis que le marché et son pourtour doivent être composés uniquement de commerces locaux et indépendants. Les commerçants ont exprimé le même avis à 76 %. Ainsi, le mémoire recommande que la Ville de Montréal adapte le fardeau fiscal du Marché Jean-Talon à sa réalité afin que le coût des taxes n’influence pas le prix des denrées ou les commerces indépendants logés au marché.

« Il y a tellement de spéculation autour du marché que la valeur foncière monte. Les commerçants situés au Marché Jean-Talon paient plus de taxes au mètre carré que le McDonald situé sur le boulevard Saint-Laurent », témoigne M. Lévesque. Rappelons qu’une pétition avait été créée en 2015 pour empêcher l’ouverture d’un café Starbucks sur le pourtour du marché. Celle-ci avait récolté près de 10 000 signatures.

Aménagement

Bien que 96 % des personnes sondées disent aimer l’atmosphère retrouvée au Marché Jean-Talon, seulement 35 % des répondants considèrent qu’il y a suffisamment d’espace pour s’asseoir, se reposer et manger. Rappelons toutefois que l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie procèdera au réaménagement de la Place Shamrock à l’été 2018.

Si les plans préliminaires annoncés le 18 mai se poursuivent de la manière qu’ils ont été présentés, les citoyens pourront retrouver des grandes tables, une fontaine et des espaces ludiques. Considérant que 62 % des répondants considèrent que les limites du Marché Jean-Talon s’étendent au pourtour commercial, à la place Shamrock et au boulevard Saint-Laurent, cela pourrait venir régler le mécontement à l’égard du manque d’espace.

Ouverture du Marché Jean-Talon

Pour le regroupement de citoyens, la prochaine étape est de continuer la concertation auprès de la Corporation de gestion des marchés publics de Montréal, la Société de développement commercial (SDC) de la Petite-Italie et du Marché Jean-Talon et des différentes administrations municipales.

« On s’insère dans la structure et on essaie de se faire une place en étant le plus organisé possible et en démontrant notre bonne foi. Le but c’est de travailler avec ces gens-là, ce n’est pas de les confronter ou de gérer le marché à leur place. On veut apporter de nouvelles idées et les mener à faire une place aux citoyens », souhaite Jérémie Lévesque, en témoignant de l’ouverture dont fait part l’administration du Marché Jean-Talon.

« On a ouvert les canaux de communication. En tant que groupe de citoyens, on ne s’attend pas à ce qu’il y ait un changement du jour au lendemain. Il y a une chose qu’on a tous en commun : personne ne veut que le Marché Jean-Talon devienne une épicerie ou que des chaînes commerciales s’y installent », conclut-il.

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