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Locaux manquants, organismes perdants

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Alors que plusieurs citoyens peinent à trouver la perle rare en matière de logements, les organismes communautaires doublent de difficultés en matière de recherche de locaux. (photo : Archives – Coalition contre la pauvreté de La Petite-Patrie)

Quelle place devrions-nous accorder aux organismes communautaires dans La Petite-Patrie ? Selon certains, c’est une question que doivent se poser les élus avant que le secteur ne devienne un désert communautaire.

L’organisme communautaire pour les familles de La Petite-Patrie, Halte La Ressource, faisait état en avril dernier que trouver un local communautaire dans La Petite-Patrie est aussi difficile que de trouver une aiguille dans une botte de foin. En raison d’une augmentation substantielle de son loyer, l’organisme a dû se résigner à quitter la rue De Lorimier pour s’établir ailleurs. Il aura fallu trois mois à l’équipe avant de trouver refuge auprès des Compagnons de Montréal, un autre organisme du quartier qui lui a chaleureusement ouvert les portes de son immeuble de la rue de Saint-Vallier.

Or, malgré le coup de chance, la recherche fut ardue. « Il y a des phénomènes qui se passent dans le quartier et ça touche tout le monde », témoigne la directrice de Halte La Ressource, Baya El Hachemi.

Parmi les différentes problématiques relevées par l’organisme, il y a entre autres l’embourgeoisement du quartier qui fait grimper le prix des loyers. « Il n’y a pas de normes pour les loyers commerciaux comme il y en a pour les loyers résidentiels », explique Marie-Pier Riendau, organisatrice communautaire à Halte La Ressource. Cela pose évidemment problème aux organismes qui vivent avec des compressions budgétaires depuis les dernières années.

L’espace pour accueillir plusieurs employés et groupes de citoyens est également souvent manquant et ça, c’est quand les locaux disponibles ne sont tout simplement pas absents dans l’arrondissement. « Ce n’est pas toutes les mêmes problématiques, mais la finalité est la même », conçoit Mme Riendau.

Situation généralisée

La situation n’est pas propre à Halte La Ressource. La Place des Enfants par exemple, un autre organisme du quartier, a également peiné à se trouver un local avant de réussir à s’établir dans un sous-sol du boulevard Saint-Laurent. Pour diverses raisons, elle a dû déménager trois fois en 10 ans.

Les Compagnons de Montréal, qui ont déménagé en 2016, se sont également heurtés à des contraintes budgétaires au moment de trouver un nouveau local. Par chance, l’organisme a accueilli un chaleureux dénouement après avoir reçu un soutien financier de plus de 16 000 $ de la part de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie.

Les organismes qui sont abrités dans les immeubles excédentaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) doivent pour leur part vivre avec l’incertitude que cette dernière veuille un jour reprendre ses locaux. Le Centre de ressources et d’actions communautaires de La Petite-Patrie par exemple, logé au 6839, rue Drolet, a dû mener un long combat pour devenir propriétaire l’immeuble — et ce n’est pas encore chose faite. Les organismes doivent en plus parfois faire face à une augmentation substantielle de leur loyer de la part de la CSDM, pouvant dans certains cas dépasser 100 %. Que ça soit de la part de la CSDM ou d’un autre propriétaire, de telles hausses forcent les organismes à couper dans leurs services ou leur personnel. Ce fût d’ailleurs le cas de l’organisme Mouvement Action Justice.

Notons que les organismes communautaires sont souvent fréquentés par des citoyens aux moyens financiers limités. Pour certains, la mise en place et l’existence de telles ressources communautaires possèdent un impact important sur leur bien-être.

À qui la responsabilité?

Selon les organisatrices de Halte La Ressource, les élus devront un jour ou l’autre se pencher sur cette problématique. « Je pense que collectivement, il faut se poser des questions. Est-ce qu’on trouve que dans une ville c’est important d’avoir des organismes communautaires ? Est-ce qu’on trouve qu’ils participent à la vie du quartier ? Si oui, il faudrait avoir quelques mesures pour les garder dans des quartiers qui s’embourgeoisent », croit Marie-Pier Riendeau.

Questionnés à ce sujet lors du débat électoral du 19 octobre dernier, les candidats à l’élection municipale dans Rosemont-La Petite-Patrie se sont montrés unanimes. Que ce soit Projet Montréal ou Équipe Denis Coderre qui soit à la tête de l’arrondissement, les deux partis politiques se sont engagés à rédiger une politique de reconnaissance pour les organismes communautaires dans le prochain mandat.

À force de s’embourgeoiser, La Petite-Patrie deviendra-t-elle un désert communautaire ? Tout dépendra de si les actions suivent les paroles.

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