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Felwiin : un parcours étonnant sur deux continents

Économie, Commandité
Nafi Gning, propriétaire. (photo: Sylvie Garcia)

Initiée aux arts par son oncle artiste peintre et aux traditions africaines par sa mère historienne, c’est avec ce bagage, que du haut de ses 16 ans, elle débarque à Montréal. Après des études prometteuses en sciences politiques, la jeune sénégalaise choisira plutôt de s’investir dans la diffusion de l’artisanat de l’Afrique subsaharienne. Rencontre avec Nafi Gning, propriétaire de la boutique Felwiin de la Plaza Saint-Hubert.

En entrant chez Felwiin, on est tout de suite séduit par l’ambiance chaleureuse en parfaite symbiose avec la personnalité de sa propriétaire, Nafi Gning. Face à la profusion des objets d’artisanat, difficile de fixer son regard sur une pièce en particulier. Il faut se mettre à l’heure africaine et s’abandonner à la découverte. En merveilleuse ambassadrice, Nafi se fait un plaisir d’informer la clientèle sur les origines, les méthodes de fabrication et les rituels associés aux œuvres convoitées. En sérère, une des langues parlées au Sénégal, felwiin signifie « qui plait à tout le monde ».

Quand esthétisme et éthique vont de pair

Chacun des articles vendus chez Felwiin est méticuleusement choisi par la propriétaire. Si son premier critère de sélection est sans contredit l’esthétisme, ces derniers doivent également répondre à ses préoccupations quant au développement durable. Pour effectuer ses achats, une fois par année, elle se rend au Sénégal pour rencontrer les artisans et visiter leurs ateliers. Comme elle négocie directement avec eux, l’absence d’intermédiaire permet aux artistes d’obtenir le juste prix pour leurs œuvres et à Nafi de les vendre à prix abordables. De plus, l’entrepreneure assiste à la Foire internationale des artisans de Dakar où sont représentés tous les pays d’Afrique subsaharienne.

Cette présence sur le terrain lui permet de proposer aux Québécois des objets en provenance du Sénégal, du Burkina Faso, du Bénin, du Gabon, du Mali et du Cameroun. L’embarras du choix pour un cadeau original et éthique pour ses proches ou pour soi. La petite boutique offre un vaste éventail de peintures, sculptures, bijoux, vannerie, coffrets, masques, sacs et tissus au mètre.

Le rapport au temps et la détermination

Nafi Gning confie que souvent les visiteurs s’exclament : « Mais, ça doit prendre un temps fou pour exécuter une pièce comme ça »! Elle explique qu’en Afrique le rapport au temps n’est pas le même qu’en Occident. Dans ces pays où le taux de chômage est très élevé, l’artisanat représente une économie informelle. « Plutôt que de ne rien faire, ils s’assoient en groupes, discutent et font leur petit truc mine de rien. Ils ne comptent pas les heures comme nous », commente-t-elle. Elle cite en exemple cette Togolaise qui ramasse les sachets plastiques employés comme contenant pour l’eau qui, partout, jonchent le sol, et qui les utilisent pour fabriquer des sacs très résistants. Aussi, il y a ce Sénégalais, Assan, qui récolte tout ce qu’il trouve et le transforme en oiseaux. Si les artistes travaillent dans des conditions difficiles, leur résilience s’exprime par une très grande créativité.

Au même titre, le parcours de Nafi Gning démontre une infaillible détermination. Comme un signe du destin, alors que ses parents séjournaient à Montréal pour quelques mois, sa mère lui donne naissance. Lorsque son père, alors directeur de l’hôpital de Dakar, termine le programme en santé communautaire auquel il participe, la famille élargie retourne au Sénégal. Nafi y grandit et ce n’est qu’à l’âge de 16 ans qu’elle revient à Montréal avec sa sœur de deux ans son ainée. « Après le bac, il faut aller à l’étranger pour poursuivre nos études. Comme j’avais la nationalité canadienne par ma naissance, c’était plus facile de venir ici », précise la jeune femme. Les deux adolescentes débarquent seules au Québec et l’aventure commence! En plus de s’adapter à la culture et au climat, elles doivent poursuivre leurs cursus scolaires. Nafi complète d’abord son Cégep en français. Après quoi elle s’inscrit à l’Université Concordia en Sciences politiques. « Je parlais à peine l’anglais. J’ai galéré au début », raconte-t-elle. Puis, elle fait sa maitrise à l’Université Saint-Paul d’Ottawa. Pendant les vacances d’été, elle retourne au Sénégal. À chaque voyage, elle rapporte des souvenirs à ses amis québécois. « Ils capotaient », dit-elle en riant. De cet engouement et devant la rareté de l’offre à Montréal, l’idée a germé. En avril 2015, Nafi Gning inaugure la boutique Felwiin sur la Plaza Saint-Hubert et, depuis, s’y consacre corps et âme.

Boutique Felwiin

6341, rue Saint-Hubert

http://www.felwiin-boutique.com

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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