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Une initiative citoyenne mise à rude épreuve

Environnement, Transport
rue des Écores
Une partie du travail de Claude Perrault, alias le Jardinier de la rue des Écores, est mis à rude épreuve suite à la construction de saillies de trottoir. (photo : Lindsay-Anne Prévost)

Des saillies de trottoir en voie d’être construites sur la rue des Écores suscitent la grogne d’un jardinier bien connu du quartier.

Depuis maintenant plus d’une dizaine d’années, Claude Perrault entretient les carrés d’arbres de la rue des Écores en les enjolivant de plantes variées et de fleurs. Ce passionné a commencé par le carré situé en face de sa résidence, pour ensuite embellir ceux de ses voisins et maintenant ceux logés en face du cinéma Beaubien et la pizzeria Geppetto. Il le fait bénévolement, avec toujours autant de plaisir, à condition que les gens s’en occupent. L’effet d’entraînement fut tel que, désormais, une trentaine de carrés d’arbres situés sur les rues des Écores, Beaubien, Louis-Hébert et Molson sont enchantées par un total de 300 espèces de végétaux.

Toutefois, le « Jardinier de la rue des Écores » risque bientôt de devoir revenir sur ses pas. Des saillies de trottoir sont en voie d’être construites au coin de la rue Beaubien et des Écores, ce qui pousse M. Perrault à devoir enlever une partie des vivaces plantées à cet endroit.

« L’an dernier, l’arrondissement a mis une pancarte en me félicitant pour l’initiative. C’est le même arrondissement qui, maintenant, vient scrapper mon travail », ironise-t-il, en pointant ladite pancarte.

Jardins pillés

Depuis quelques jours, le jardinier remarque que certaines de ses plantes ont été écrasées par les travailleurs. « À moins qu’il y ait des fleurs, tout le reste est considéré comme de la mauvaise herbe », déplore M. Perrault.

Afin de pouvoir enlever ses plantes à temps et éviter que la structure de bois qui entoure le jardin se fasse abîmer, celui-ci a demandé aux entrepreneurs où ils allaient couper dans le jardin pour implanter les saillies. « On m’a répondu qu’ils ne savaient pas. Je leur ai demandé s’ils allaient réparer la structure de bois après. Le surveillant de chantier m’a dit qu’il ne pouvait pas me le garantir », dit le jardinier.

C’est en plus du trottoir qui sera bientôt reconstruit pour s’adapter aux saillies ; une décision qui est d’autant moins justifiée selon M. Perrault étant donné qu’il est encore en très bon état. La construction des saillies à l’intersection font partie d’un contrat octroyé au montant de 1 071 715 $, qui inclut la construction de saillies à cinq autres intersections de la rue Beaubien (des Érables, Louis-Hémon, Louis-Hébert, Molson et 1er avenue). Le jardinier, comme d’autres résidents, aurait préféré que l’argent soit investi pour la réfection de la rue des Écores qui est abîmée par des craques ou pour des dos d’âne.

Selon le maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, François William Croteau, les saillies sont réclamées depuis des années, notamment par les commerçants de la rue Beaubien. À cet effet, le journal Pamplemousse Petite-Patrie n’a pas réussi à joindre l’Association des commerçants et professionnels Beaubien Est pour obtenir confirmation. « Les saillies et les dos d’âne n’ont pas la même utilité. Les saillies permettent de protéger les piétons et les personnes à mobilité réduite lorsqu’ils veulent traverser une rue. Ça leur permet d’être plus visibles auprès des automobilistes alors que les dos d’âne sont utilisés pour ralentir la vitesse », explique M. Croteau en parlant d’une « nécessité ».

L’arrondissement se montre rassurant

Le maire de l’arrondissement assure que les saillies seront entièrement végétalisées et disponibles pour le jardinage, à l’exception de celle située à proximité de la boulangerie de Froment et de Sève à cause de la terrasse.

À savoir s’il est au courant que le jardin de M. Perrault se fait piller, celui-ci informe que le jardinier peut contacter l’arrondissement pour corriger la situation. « La directive est claire. Il faut absolument que le jardin soit protégé et si les entrepreneurs ne peuvent pas éviter d’abîmer le jardin, on propose aux jardiniers de déplanter les vivaces pour les replanter par la suite. C’est difficile d’éviter à 100 % les dommages », admet-il en parlant qu’il « serait très utopique » de penser que les plantes ne seront pas abîmées par la machinerie si elles ne sont pas protégées.

De son côté, Claude Perrault essaie de limiter les dégâts en passant régulièrement faire un ménage des jardins. « Ça ne me tente pas d’enlever les plantes ; elles sont toutes prises ensemble. Certaines sont là depuis une dizaine d’années. Ça ne s’enlève pas facilement. J’attends donc de voir ce qu’ils vont enlever. Même les entrepreneurs ne le savent pas », dit-il.

Un jardinier déçu

Pour le Jardinier de la rue des Écores, cette mésaventure lui laisse un goût amer. « C’est très difficile de prendre des initiatives citoyennes et d’avoir le support des autorités, que ce soit auprès de l’arrondissement ou des entrepreneurs. À chaque fois que je parle à quelqu’un, la personne me dit qu’elle n’est pas responsable des décisions. Ils se renvoient la balle », témoigne celui qui peut passer près de 35 heures par semaine à embellir les jardins de sa rue.

Claude Perrault confirme qu’il continuera son travail pour le bonheur de ses voisins et par passion, mais que cela ne l’empêche pas d’être déçu. « Je préfèrerais mettre mes énergies à cultiver », conclut-il.

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