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Au balcon du Château!

Culture, Histoire
Le cinéma Le Château, le 8 avril 1936. (Photo: Archives de la Ville de Montréal)

C’était connu. Les ados de Villeray en rigolaient et s’en excitaient. Au balcon du cinéma du coin, le Château, il y avait Paulette.

Oui, Paulette Ringuette, une voisine  de la rue « Drolette ». Que de « ette » ! Apprenant sur les manèges « de cette « vraie putain » (leurs mots), nos mères, scandalisées, en furent affreusement offusquées. Cette « démone » des après-midis blottie —ô « 7ième art »—, mal cachée au balcon, exigeaient 25 « cennes » pour un « poignet »,  50 « cennes » pour « un ouvrage de bouche ».

Pareille barbarie en pays catholique ! Nos mômans, puritaines ou non, s’en couvraient la face ! Le règne de Paulette Ringuette de la rue Drolette… ne dura pas très longtemps. Dénoncée, elle se ramassa à « La Lorette » de Laval des Rapides, une prison pour délinquantes graves !

Cette maison sinistre était voisine de chez mon « pépère Prud’Homme », là où nous y allions souvent, toute la sainte famille en visite le dimanche. Or, un jour, brin de foin au bec, me promenant dans un champ, je me trouvai un bon dimanche face à face avec… la démone en personne, Paulette de Lorette, accompagnée d’une gardienne en uniforme ! « Salut tit-cul Jasmin, toujours étudiant oui ?, p’tit voyeur du balcon du Chateau? »

Je riais jaune jouant l’étonné, mon frère cadet Raynald était à mon coté. J’ai osé : « Tu es emprisonnée pour combien de temps p’tite bommesse ? » Elle rit et dit : « Quoi, tu veux revenir hanter le balcon du Château ? ». Sa surveillante en uniforme éclata en rires.

De fait, pas bien longtemps plus tard, notre dévouée Paulette était de retour « au boulot », dans Villeray. Mais le temps du balcon était terminé. On racontait au restaurant de papa qu’avec trois ou quatre délurées, la divine Paulette protégée par un « p’tit mon oncle » vicieux, avait ouvert un discret et populaire bordel officiel, en pleine rue Saint-Hubert, juste au dessus du Steinberg ! Tous les zoot-suits fréquentaient volontiers ce lupanar à bon marché. Un jour d’un beau juillet chaud et très ensoleillé —crac et bang !—,  fermeture —et à jamais— du vilain commerce de Paulette. Le guilleret et grouillant paroissien de Sainte-Cécile, le notaire Despaties, tombé subitement veuf, ne le resta pas quinze jours. Il était devenu le riche respectable mari (devant curé) de cette diffamée jeune Paulette.

Et, bien entendu, grand cocu du petit territoire.

Gamins, quand on le moquait dans ses promenades de santé en agitant nos doigts en forme de « cornes de cocu », il riait tout le premier. Un peu plus tard, ce brave Joseph-Maurice Despaties fut trouvé, cadavre déjà refroidi en un « froid » matin d’hiver. Au fond de son hangar, avec plein de buches-de-bois dans les bras !     

Adieu monde cruel et aux salons de Rémy Allard rue De Castelnau, on y a vu un bon cortège de ses chères et tendres « assistées » sociaux. Car le Despaties avait un coeur grand comme… sa naïveté.

Un soir de veillée, une très grosse dame, vraiment « hénaurme », très frisée et très fardée, vêtue de noirs linges partout,  soudain, s’y  présenta, entourée de trois jeunes bambins. Ce sera surprise et chuchotements ! Priée de s’identifier par le directeur des Salons, elle déclina fièrement : « Je suis la mère, la veuve de ces trois enfants qu’en secret, il adorait ! »     

Silence partout rue De Castelnau ! Fertile, la grande démone du balcon du Château !

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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